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Homo Socialistus
En paraphrasant Zinoviev et son « Homo Soviéticus », c’est l’expression « Homo Socialistus » qui semble convenir le mieux pour qualifier le
Français d’aujourd’hui, tel qu’il a été façonné pendant des décennies par les intellectuels, les médias et les hommes politiques de gauche et de droite. Si fort heureusement, un important pourcentage de nos
concitoyens n’appartient pas à cette triste catégorie, c’est du moins l’image que l’opinion dominante de notre pays renvoie du Français. Il existe réellement une vision du monde, un type de réaction aux
évènements, un rapport à l’économie qui sont propres à cet humain d’un autre age, et qui découlent du socle idéologique dont il est imprégné. Ce socle idéologique est composé de fortes réminiscences du marxisme
combinées à une mauvaise digestion de la révolution française. Du marxisme, l’homo socialistus tire la conviction que tout enrichissement provient d’une exploitation. Que les intérêts de l’entreprise privée et
ceux de ses salariés sont diamétralement opposés. Cette croyance est également étendue à ses rapports avec les pays en développement. Il s’attribue la responsabilité de leurs échecs. Il n’en recherche pas la cause
dans l’organisation économique et politique de ces pays. Il est riche, ils sont pauvres ; il est donc coupable et eux vertueux. Il reconnaît ainsi le droit aux ressortissants de ces pays de venir chez lui
quelles qu’en soient les conséquences sociales, culturelles et économiques. Ce même droit est refusé impitoyablement au plombier polonais qui n’est pas classé parmi les exploités. Du marxisme et du jacobinisme,
il tire la certitude que seul l’Etat peut répondre aux besoins humains. Que seul l’Etat est capable d’empêcher les « économiquement forts » de dominer « les économiquement faibles ». Il aimerait
tout résoudre par décret, ressusciter la planification. En bon marxiste, il accorde plus de foi à l’idéologie qu’a la réalité. Quoique féru d’Internet et abreuvé d’informations écrites et audio-visuelles, il ne
lui vient pas à l’idée de vérifier dans les faits la pertinence de ses croyances. Du marxisme enfin provient sa passion pour l’égalité des individus sur le plan économique. Il considère la richesse d’un
pays comme un gâteau qu’il faut diviser en parts égales. Que le gâteau diminue à cause de l’égalitarisme au lieu de grossir, il s’en moque. Pourvu que les parts soient identiques. D’un combiné de marxisme et de
nostalgie de la révolution française, l’homo socialistus garde le culte du révolté. Celui qui cherche à détruire un système au lieu de le réformer, qui bloque une organisation, quelles que soient la pertinence de
ses motivations et les dégâts qu’il occasionne, bénéficie du soutien de l’homo socialistus.
Il est révélateur que le général de Gaulle soit reconnu comme étant « l’homme qui a dit non ». Il intéresse moins pour avoir organisé la résistance, pour avoir bâti une constitution durable en 1958, relancé et assaini l’économie française, mis sur pied le nucléaire civil et militaire, achevé la décolonisation etc. L’homo socialistus chérit d’abord ceux qui disent non.
Tout cela pourrait être considéré comme un folklore sympathique. On pourrait y trouver un charme un peu désuet. Mais les conséquences sont redoutables. Et paradoxalement elles le sont d’abord au regard des
priorités fixées par l’homo socialistus lui-même. Ainsi la plupart des objectifs qu’il place au premier rang de ses préoccupations : l’emploi, la lutte contre la précarité, la santé, la lutte contre
l’exclusion, sont des échecs cuisants. Pire encore, dans tous ces domaines il fait moins bien que de nombreux autres pays censés se préoccuper comme d’une guigne de tout ce qui pour lui, homo socialistus, constitue
de vertueuses obsessions. Soyons cruels. Comparons ses résultats avec ceux de son anti-modèle par excellence, les Etats-Unis qui, comme chacun sait, se moquent de tout ce qui tient à cœur à notre généreux homo
socialistus. Ainsi malgré sa lutte obsessionnelle contre le chômage, notre pays souffre d’un taux de demandeurs d’emploi de près de 10 % de la population active, alors que celui des Etats-Unis est d’environ 5%
(source : site Internet de l’OCDE) De même, alors qu’il reste ferme dans sa détermination à lutter contre la précarité, les personnes qui subissent le chômage depuis 12 mois et plus représentent 41.6% des
chômeurs en France contre seulement 12.7% aux Etats-Unis.(source : site Internet de l’OCDE) Fier de ses blocages, il se targue aujourd’hui de son engagement contre le terrible CPE pour conserver inchangé le
code du travail. Malheureusement là aussi, son anti-modèle américain fait beaucoup mieux, puisque en 2004 (source site Internet de l’OCDE)
21.3 % des jeunes de moins de 24 ans sont au chômage en France contre 11.8 % de jeunes américains, qui sont comme nous le savons, livrés aux griffes de l’ultra-libéralisme. Scélérate réalité ! Oui,
répliquera fièrement l’homo socialistus, mais nous avons le meilleur système de santé du monde. Espérons le, car il aura besoin d’un bon cardiologue s’il se donne la peine de fouiller le sujet. Ces américains,
ignorants les bienfaits des 35 heures, ont les moyens de consacrer environ 16 % de leur PIB aux dépenses de santé (7.2% en dépenses publiques de santé, le reste en dépenses privées) contre environ 10 % pour
nos français champions du monde (8.1 % en dépenses publiques de santé, le reste en dépenses privées) (source : site Internet de l’OCDE) Poussé dans ses retranchements, l’homo socialistus raillera les
ghettos qui, c’est bien connu, pullulent chez son vieil ennemi américain. Mais il changera rapidement de sujet en pensant à ses banlieues. Il sera embarrassé. En ce domaine au moins, en quelques décennies il a sans
doute dépassé les Etats-Unis. Alors une lueur brillera dans l’œil de l’homo socialistus, et il proférera d’un ton suffisant et victorieux : Oui, mais nous avons l’égalité ! Allons, allons homo
socialistus, l’égalité ? Entre chômeurs et personnes bénéficiant d’un emploi ? Entre salariés du public bénéficiant de l’emploi à vie et les autres. Entre fonctionnaires bénéficiant de régimes spéciaux de
retraite et les autres ? Entre ceux qui vivent sans travailler en se contentant d’allocations et ceux qui triment pour un salaire modeste ? Arrêtons là de peur que notre homo socialistus ne succombe à
une remise en cause aussi brutale de ses certitudes. Mais après tout, si l’évocation des ravages qu’il a causé le gêne, qu’il change. Qu’il ouvre enfin les yeux. Qu’il rejoigne les français modernes,
pragmatiques, intelligents, épris de liberté, confiants dans leurs capacités collectives et individuelles, afin de remettre le pays à la place qui est la sienne, parmi les premiers.
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